hommage d'une maman à sa fille
Le 30 avril 2007 un couple se forme et le 30 juin 2007 une âme se créée. Mais sa présence ne fut connue que le 10 aout. D'abord beaucoup d'inquiétude puis beaucoup d'espoir et d'amour autour de cette petite vie voulant rejoindre la mienne. Quel mystère, quelle joie, quel honneur de voir et sentir s'accomplir en soi un tel miracle. La vie est un bien précieux que je respecte et voilà que la vie s'accomplie en moi. Voulant tout ressentir, tout comprendre et me préparer au mieux devant cet inattendu et cet inconnu j'ai cessé toute activité. Me voilà désormais parti pour 7 mois en tête à tête intérieur avec ce petit bout qui m'a choisi. Très vite mon corps change autant sur le plan physique qu'au niveau des sensations, sentiments et émotions. C'est un vrai bonheur, un partage que rien n'égale. A un peu plus de 3 mois voilà que je sens ce petit être se mouvoir en moi. Au début c'est une sensation nouvelle alors on imagine que c'est ça mais on attend le prochain mouvement pour en être certain. Et là ce prochain mouvement arrive et annonce le début d'une communication intra utéro dont l'intensité ne va cesser d'augmenter. Il est possible de faire des cours d'haptonomie pour perfectionner cette échange, mais étant seule avec mon bébé j'ai eu tout le loisir de m'y pencher pendant des journées entières sans jamais m'en lasser tout au long de ma grossesse.
Le 20 novembre approche, date de la deuxième échographie, date ou je saurais également si j'attends un petit garçon ou bien une petite fille. Le verdict tombe je suis en ceinte d'une jolie petite fille qui sourit déjà. La joie m'envahi très vite car je n'osais l'espérer mais c'est ce dont j'avais envie. Un lien d'autant plus fort se créé suite à cette nouvelle. Car ce n'est plus juste « mon bébé » désormais c'est « ma fille ». D'une grande généralité elle est devenue une précision pour la quelle je veux mettre tout mon amour à profit. Depuis quelques mois je me penche sur les prénoms masculins et féminins et là je sais exactement vers quoi aller. C'est décidé elle s'appellera Elmina. C'est le prénom de mon arrière arrière grand-mère. Une femme d'exception d'après les dires de ma famille avec un prénom d'une douceur qui me conviens pour ma fille. Ce prénom vient du grec et veux dire grâce, gracieux, c'est si magnifique. Ce prénom est fait pour elle car comme je disais souvent on dirait un ange de douceur tant ses mouvements sont doux et agréables.
Le 21 décembre quelques saignements font apparition mais n'inquiètent pas les urgences alors je rentre chez moi. Début janvier je vois mon généraliste qui me recommande vivement de prendre un rendez-vous avec une gynécologue à l'hôpital. Ce que je fais immédiatement. Dès le lendemain après une nuit blanche et beaucoup d'inquiétude je me présente à ce rendez-vous . L'engrenage est lancé, le cauchemar est amorcé et ne va plus s'arrêter. On me dit que j'ai des contractions, que mon col de l'utérus est légèrement ouvert et que j'ai trop de liquide amniotique. On me dit aussi qu'on arrive pas à voir tous les organes de mon bébé et qu'elle ne bouge presque pas. Alors je reste calme, je lui parle, la rassure tant que je peux car je sais qu'elle sent ma peur. Puis ils arrivent quand même à voir quelques petites choses et entre autre les pieds. En voyant les miens ils me demandent si j'ai une maladie ou quelque chose car nos pieds se ressemblent et cette forme est assimilé à une maladie génétique. Autant vous dire qu'en l'espace d'une après midi j'ai cru m'effondrer. Mon bébé, ma fille va mal et moi j'aurais une maladie génétique que je lui aurais peut être transmit ? Mon dieu comment tout ceci était possible alors qu'à l'occasion de noël je venais tout juste de faire sa chambre...
Voilà je reste à l'hôpital jusqu'à la fin de ma grossesse sur ment et le lendemain ils vont pratiquer sur moi une ponction de liquide amniotique pour enlever l'excès. Presque deux litres vont être prélevé puis envoyés dans un laboratoire pour faire des analyses génétiques et voir les raisons de cette hydramyose ainsi que pour savoir si elle est porteuse de cette maladie. De même qu'ils vont faire les analyses sur moi aussi pour cette dernière. Les jours passent, les médecins en tous genres ainsi que les échographies et autres analyses se succèdent, mon angoisse monte à juste titre car après une semaine d'hospitalisation les mots tombent comme un couperet. « Il faut que je me prépare car ma fille est certainement pas viable ». A ce moment là l'envie d'hurler est si forte que rien ne sort, la douleur est si puissante que je suis cloué sur place sans mots, sans voix. Une seule envie, fuir loin d'ici, loin en arrière dans le temps, retrouver les moments de douceur, les moments de bonheur ou tout été juste simple comme quand je regardais les coucher de soleil de mon balcon en lui expliquant les couleurs et combien c'était beau, en lui disant que dans quelques mois elle verrait tout ça avec ses yeux en étant dans mes bras. Le bonheur était simple à l'époque. Et cette petite chose si simple ne se réaliserait sur ment jamais, je voulais hurler le mot « NON ». Mais les seuls mots qui ont pu sortir c'était pour savoir si ma fille souffrais. La réponse fut « pas encore mais ça pourrait bientôt arriver ».
Deux jours plus tard je quitte l'hôpital car il ne sert à rien de rester pour le moment puisque les contractions sont arrêtées, que les prochains examens sont dans plus d'une semaine. Alors deux choix se présentent à moi. Attendre ces examens qui ne feront que confirmer le diagnostique ou bien faire le choix de la laisser partir car je la sens s'affaiblir en moi et ça ce n'est pas possible. Elle ne bouge plus, j'ai a nouveau trop de liquide amniotique et son cœur s'affaiblit. Durant tout une après midi j'ai longuement discuté avec maman pour mettre mes idées au clair et faire un vrai choix. Si je décide de la porter à terme elle naitra, ils s'acharneront pour l'aider car c'est le protocole mais elle souffrira énormément et ne vivra pas longtemps. Si je décide d'accepter l'interruption médicale de grossesse je n'entendrais jamais sa voix, je ne verrais jamais ses yeux et elle non plus... Mais elle ne souffrira pas et c'est ça le plus important. A quoi bon ce que je peux penser ou ressentir mon seul vœux est qu'elle n'ai pas mal. Alors j'appel et je fais pars de ma décision. Je suis convoqué dès le lendemain matin. Ils ont eu l'accord de Paris. Et là le protocole m'est expliqué, il est cruel, inhumain, insoutenable à entendre mais je reste forte pour ma fille je ne veux pas, je ne supporterais pas qu'elle souffre. Alors j'accepte, j'écoute, je reste calme et réfléchi puis enfin je signe les papiers qui indiquent que je donne mon accord pour sa mort. C'est odieux, c'est horrible mais c'est la seule issue. Ainsi le 22 janvier je rentrerais à l'hôpital, le 23 au matin ils lui ôteront la vie dans mon ventre puis provoqueront des contractions pour que je puisse accoucher. Je crois rêver en entendant ça mais je doit être forte.
Voilà les mots qui me sont venue pour mon bébé peu avant d'entrer à l'hôpital :
J'aurais voulu te préserver, te protéger et te choyer toute ma vie durant
Visiblement tu n'en demandais pas tant
Alors pendant quelques mois tu as illuminé ma vie
Mais ton départ créé un vide infini.
T'emmener progressivement vers le ciel
Te faire toucher du doigt des cimes de bonheur
Malheureusement tu rejoins ce ciel de bonne heure
Même mon enfantement sera un protocole cruel
Mais à tout instant de là haut n'hésite pas fais moi signe.
J'aurais voulu tellement de chose pour toi
Mais certainement pas ce qui nous arrive
J'aurais voulu te regarder dans les yeux
Te dire tout mon Amour juste avec un regard, un geste.
J'ai beau essayer d'accepter, cette situation je la déteste
Alors avec mon cœur, ma force et mon âme je n'ai plus qu'un vœu
Que ce soit sans souffrance que tu fasses ton cheminement vers l'autre rive
Ma petite Elmina, soit courageuse, ta Maman sera toujours près de toi...
Et même si je voulais que ça ne s'arrête pas
Il y a une fin et triste cette fois
Mais mon Amour pour toi ne s'arrêtera pas là
Il est immense
Tu es ma fille, mon enfant, mon ange, mon bébé
Et quand à toi je pense
Sur mon visage un sourire peut être deviné.
Des médicaments vont définitivement t'endormir
Et pendant ce temps je devrais rester sereine
Etre là pour toi et te soutenir
Et même si ça me révolte et que j'ai de la peine
Que je ne peux pas imaginer ce départ intra utero
Je serais là je te le promets
Une plaie béante intérieure s'ouvre au milieu de ce chaos
Mais mon chagrin n'entachera pas mon soutien dans ton départ prématuré.
Et là je t'enserrerais de tout cet Amour
Je n'aurais que deux petites heures pour tout te dire
C'est si court
Et après ils t'emmèneront dans cet endroit si froid
Mon cœur se glace à cette idée mais je n'ai pas le choix.
Ma fille, je n'aurais jamais voulu tout cela pour toi
Mon enfant, j'aurais voulu avoir plus de temps
Mon ange, j'aurais eu tant à partager avec toi
Mais
Mon bébé, sache que je serais toujours Ta Maman...
Marie, 14h00, 22/01/2008
Une fois que j'ai accouché ils l'ont mise sur moi. Ce petit corps que je construisais depuis des mois du mieux que je le pouvais est enfin sur mon cœur. Je me suis excusé auprès d'elle de ne pas avoir su, de ne pas avoir pu la protéger. Je lui ai dit combien je l'aime et combien elle compte pour moi. Elle semblait si paisible et elle était si belle. Le peu de temps que j'ai passé avec elle fut magnifique et dur en même temps. Je voulait porter la vie et j'ai porté la mort. J'ai été forte jusqu'au bout pour elle quand elle était en moi car c'était important que je sois la pour elle que je sois adulte et responsable malgré le poids de douleur qui m'envahissait. Une fois qu'elle a été parti ce fut différent, le poids m'a fait plié je n'ai pas eu la force, je ne l'ai toujours pas, je me sens vide et anéanti, la vie continue mais n'a plus de gout.
Là encore des mots ce sont assemblé pour en faire un poème :
C'est quoi l'avenir maintenant ?
J'ai l'impression de passer mon temps à retenir mes larmesA composer avec cette déchirure intérieure
Cette boule dans la gorge
Cette envie, presque un besoin de te rejoindre là haut,
Mais je suis encore ici et je dois faire mes armes
Apprendre à vivre avec toi ailleurs
Sans mes projets de partage
Sans pouvoir te montrer tout ce qui est beau.
Je suis vide
Je te cherche dans mon ventre
Je continue de te parler
Mais ton corps n'est plus là.
Et la mienne se perd dans un chagrin immense
Alors je sais que tu seras toujours près de moi
Je sais que tu seras toujours dans mon cœur,
Mais ça ne suffit pas j'en ai peur
Je ne sais pas si j'aurais la force d'aller au delà de mon désarroi
D'écouter l'appel de la vie si fort quand j'y pense
Car ce goût d'avancer c'est avec toi que je l'ai développé au fur et à mesure.
Je suis vide
Je te cherche dans mon ventre
Je continue de te parler
Mais ton corps n'est plus là.
Je suis honoré d'être ta maman et ça à jamais
Je suis fière d'avoir trouvé le courage de faire les bons choix pour toi
Mais je suis déchiré de continuer la route sans toi
Je suis horrifié de tout ce qui nous est arrivé
Mais surtout mon bébé je porte en moi un Amour infini pour toi...
...Elmina.
Marie, 18h02, 10/02/2008.
Je crois que depuis qu'elle est parti je peux toucher du doigts le vrai sens du mot désespoir.
Je pensais te donner la vie
J'ai donné mon consentement pour te donner la mort.
Je ne pourrais le faire que dans ton souvenir.
Je pensais pouvoir être ta maman près de toi
Je suis ta maman mais c'est toi qui reste près de moi.
Et d'enfant tu es devenue Ange
Tu es libéré de la prison terrestre
Mais ta maman y reste
Avec toute sa douleur et ton image
Tu es dans son coeur avec tout son amour
Mais tu n'es que dans son coeur et elle a mal
J'ai mal
Tu es trop loin de moi
Même si je sais que tu veilles sur moi
Je ne te vois pas
Et ça ne me suffit pas.
Marie, 13h20, 15/02/2008.
Elle aurait du naitre le 30 mars nous ne sommes qu'au début de ce mois et voilà déjà plus d'un mois que je l'ai perdu. Je sais que je ne suis pas seule à vivre ça et les personnes ayant traversé une épopée similaire n'hésitez pas à venir le partager avec moi.
Je suis jeune comme tout le monde me dit, j'ai encore toute la vie devant moi. C'est vrai les autres n'ont pas tort. Cependant il y a un Mais. Cette ma maladie me mets possiblement dans l'incapacité physique d'avoir d'autres enfants, et toutefois si je tente d'en faire ils ont une possibilité sur deux d'être malade eux aussi. Et vous savez le comble, c'est que c'est une maladie rare mais que je ne l'avais pas transmise à Elmina cependant elle a contracté une autre chose rare. Ça fait beaucoup je trouve. L'avenir serait donc pour moi sans enfant mais aussi avec une épée d'amoclesse au dessus de la tête car cette maladie s'avère être dégénérative et fais de moi une personne officiellement handicapée. Je peux finir en fauteuil roulant, je perd toute ma force petit à petit ainsi que la précision et la fonction de pince de mes mains. Il y a encore pleins de petits détails aussi fulgurants les uns que les autres. Alors je veux bien qu'on me parle d'avenir mais ce mot me reste encore en travers de la gorge car sans Elmina il est fade et avec cette maladie il est difficile.
Aujourd'hui, le 4 mars ça fait un mois que mon enfant a été incinéré. Le 4 février c'était la St Véronique qui est le prénom de ma maman et le deuxième prénom d'Elmina. Je tient à la remercier pour tout ce qu'elle à fait pour moi depuis toujours et notamment ce qu'elle a fait pour ma fille. J'aimerais aussi remercier Adrien, le papa, ce fut dur avec lui. Nous avons été animé par un coup de foudre puissant, qu'il n'a pas su gérer, et dont un magnifique fruit a pu émaner. Sa présence a été trop éparse malheureusement et il en souffre aujourd'hui. J'aimerais également remercier Mme Salonne, la gynécologue qui s'est occupé de moi. Elle a toujours été sincère mais surtout elle fut la première à voir que ce n'était pas d'un psy dont j'avais besoin pour tous mes symptômes mais que c'était une maladie contre laquelle je ne peux rien. Et puis un dernier merci dirigé vers mon frère qui pour la première fois a fait des pas vers moi et ça a été très important tout au long de cette épreuve.
Elmina, ma fille, mon enfant, mon ange, mon bébé cet avis est un hommage à toi, car aussi courte fut ta vie je ne t'oublierais jamais. On a vécu 7 mois en osmose toutes les deux et ça ça vaut tous les trésors du monde. Tu m'as appris bien plus sur moi-même durant ces quelques mois que moi seule durant toute ma vie.Merci.
Par lou18, Jeudi 20 Mars 2008 à 22:11 GMT+2 dans ma tite vie (article, RSS)





